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« L'écriture, comme la parole, est à tout le monde. Prenez-la. Ce que vous avez à dire vaut la peine d'être crié ou écrit. » Martin Winckler, extrait de Libération (décembre 1999) |
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La plume et vous… Textes écrits dans la cadre de la semaine de la langue française, lors des ateliers à la bibliothèque de Lescar. Deux textes de Claire-Hélène Clair de Terre Grand plateau d'argent Rognure d'ongle d'Allah Je te contemple matin et soir Emmagasiner une énergielumineuse Pour en produire une autrevitale - ------ Désirer Cesser de contempler [l'astre] Regret, douleur de l'absence Germe du renouveau, élan contenu L'espoir est une mémoire qui désire(*) phrases prises dans les affiches de la « Semaine de la langue française » (*)citation Honoré de Balzac Le Printemps des Poètes 2009... Ce fut l'occasion de découvrir, redécouvrir et jouer avec Jean tardieu ! Trois textes de Fabienne Rivayran L’ivrogne Dans un silence épais, il dort quand il s’éveille. Plus de soir, plus de matin, le temps marche si vite, jamais de repos. Il garde le silence, il ôte son chapeau, il pleure quand il rit. C’est un ivrogne qui boit dans sa chambre sur le toit. Au lever du soleil voici venir la nuit. Il remet son chapeau. Lorsqu’il reste tranquille c’est qu’il est inquiet. Quand monsieur est ici, monsieur n’est jamais là. C’est comme si personne n’avait jamais été. Plus de toits, plus de grenier, plus de vin, plus de chanson. Et c’est bien la pire honte. Alors le train s’arrête, alors tout se confond et rien n’est arrivé. ------ Encore temps Dépêche-toi d’en rire Et les nuages et les volcans, Bien qu’ils n’existent pas Il en est encor temps Dépêche-toi d’en rire Nos cœurs ne s’apaiseront Qu’à travers toutes nos terres Il en est encor temps Dépêche-toi d’en rire Tu t’en iras quand même Le printemps était trop vert Il en est encor temps Dépêche-toi d’en rire De ton sang, de tes ruines D’autres viendront quand même Il en est encor temps ------ Le monde est hier Tout le monde il est là Comme les autres jours Mais c’est un autre jour C’est une autre lumière Aujourd’hui c’est hier Tout le monde il est là Les zoiseaux, les zinzins, T’as pas vu mon jardin Y’a des piles à gogo Et des chats face de rat Comme les autres jours On s’embrassent, on se tue, On s’embarque, on n’veut plus S’en aller sous la terre Siffler l’eau et la boue Mais c’est un autre jour Sans doute une autre terre, Y’a plus personne dessus Les zoiseaux, les zinzins Sont partis, on s’en fout. C’est une autre lumière Qui qu’a vu le soleil ? S’est caché pour toujours A rangé ses rayons Le soleil est un con Aujourd’hui c’est hier Y’a plus rien sur la terre Une folie ordinaire A bouffé l’atmosphère Que d’la boue, voilà tout Tout le monde est hier Effacé au chiffon Rayé de l’univers T’as pas vu mon jardin S’en aller sous la terre ? C’est le tien, c’est le mien, Allume donc la lumière Un texte proposé par Sarah, écrivante dans nos ateliers sur le net REVES D'UN FAUTEUIL. C'est la nuit qu'on peut le mieux rêver. Rêver sans dormir... Les meubles, vous savez, ça ne dort jamais, mais ça rêve. C'est pour ça que parfois on nous entend craquer dans le silence de la nuit : on entend craquer nos rêves. Le jour, je ne rêve pas : trop d'agitation, trop de bruit, trop à faire ! Tous ces gens à soutenir, et à entendre surtout ! Ils papotent, s'esclaffent entre eux ou bien s'exclament fort, même tout seuls, en lisant leur journal ou en regardant la télé. Et les griffes des chats à endurer quand les humains ne sont pas là ! Moi, mon premier rêve, c'est de ne plus servir dans cette maison. Ils sont gros les gens ici, et lourds. Rien d'étonnant à cela : ils prennent des apéritifs, des digestifs, ils grignotent des sucreries, et ils font tomber des miettes sur moi ! C'est pénible. Je rêverais d'être dans la maison d"une danseuse, c'est léger les danseuses, et pas souvent là car elles travaillent beaucoup. Quand, de retour tard dans la nuit, elle se poserait un moment sur moi, je la prendrais entre mes bras, elle serait un flocon léger, une plume, elle s'endormirait là et je bercerais ses rêves. Elle écouterait de la belle musique, pas des pubs criardes ni des discussions houleuses à la télé. Elle parlerait avec ses amis de belles choses, de spectacles prévus, de beaux costumes... Je rêve à ma vie d'autrefois quand j'étais neuf. Vous avez du mal à m'imaginer neuf. Et pourtant, neuf je l'ai été un jour, fauteuil club rutilant, fait sur commande. Oui, sur commande ! Une commande de mes premiers maîtres, qui m'avaient désiré exactement comme j'ai été fabriqué : cossu, ample, confortable. Je suis arrivé dans la demeure de ce jeune couple un beau matin de printemps ; la maison était claire, les fenêtres brillantes, les murs tendus de papier à petites fleurs roses. Je me suis tout de suite appliqué à leur donner satisfaction. J'ai appris à me modeler à la forme de leurs corps, à m'adapter à leurs poids. Je sens encore mes ressorts s'enfoncer doucement sous eux, ronronnant de bonheur. Ils étaient toujours habillés élégamment, discrètement parfumés. Les enfants sont arrivés, et nous sommes devenus une famille. Encore maintenant, la nuit, je me rappelle le salon d'alors, vaste, bien en ordre, l'amitié avec mes camarades, le sofa, les deux fauteuils voltaire tapissés de vert et de rose, les guéridons, le piano dans l'angle, et le bonheur du jour, oh oui mon amour le bonheur du jour... Jours passés, hélas, jours enfuis. Bien sûr il y eut des périodes terribles, auxquelles je ne veux pas rêver : bruit des avions rasant la ville, explosions... Le salon était désert alors, les habitants cachés ailleurs, et nous pauvres meubles ne pouvions que demeurer là à espérer que rien ne tomberait sur nous, pauvres choses aux pieds immobiles que nous sommes. Nous avons eu de la chance... Le calme est revenu, la vie a repris comme avant. De temps en temps des ouvriers venaient repeindre les murs ; pendant ce temps nous demeurions cachés sous des housses, déguisés en fantômes. Quand ces drôles de vacances étaient finies, on nous dévoilait, et nous voilà dans un décor tout neuf ! Les enfants fréquentaient davantage le salon à mesure qu'ils grandissaient, certains devenaient habiles au piano ; quel plaisir de les entendre ! Et puis ils ont tellement grandi qu'ils sont partis. Leurs parents ont vieilli et sont partis eux aussi, à leur manière. Nous les meubles avons duré plus qu'eux, et nous voilà éparpillés, séparés, quel arrache-cœur ! Vendus, oui, vendus. Amertume ! Trimballés de droite et de gauche ... Je suis resté longtemps exposé dans un froid hangar, sombre, poussiéreux, au milieu d'un fatras d'autres pauvres objets naufragés, compagnons de misère, à des yeux étrangers et souvent indifférents. Moi pour qui on avait toujours eu des soins attentifs... Je ne veux plus non plus me souvenir de cette période. Non, je préfère rêver au temps ou mes ressorts étaient minerai abrité au sein de la terre, où mes montants étaient bois vivant, arbre debout dans la forêt, où mon rembourrage était crin de la crinière des chevaux qui ne demandaient qu'à vivre, vivre libres, où ma peau était celles des grands bœufs paisibles qui toute leur vie avaient tiré les lourdes charrues, des vaches qui toute leur vie avaient vu leurs veaux arrachés à leur mamelles pour un sort épouvantable, tous sacrifiés sous le couteau du tueur, dans la terreur et dans le sang, aux appétits carnivores des humains, lourds humains sous lesquels je m'abîme de jour en jour. Alors je rêve à ce que la vie aurait pu être, au vent sur mon dos, à la terre sous mes pieds, au ciel au-dessus de ma tête et à la chaude compagnie de tous les miens. |
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